Série n°3 sur les métropoles méditerranéennes : "Métropoles par le projet"

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En Méditerranée, les processus de métropolisation se généralisent mais les « gouvernements métropolitains » diffèrent d’un pays à l’autre. Schématiquement au nord, les Métropoles se sont institutionnalisées alors qu’au sud, la décentralisation récente se joue entre Région et Commune, la notion de Métropole demeurant encore à un stade émergeant. Dans tous les cas, le besoin de projet/s est sans appel !

 

Un projet stratégique métropolitain combine au moins trois dimensions :

  • politique et sociétale. La démocratisation des Etats, notamment suite aux printemps arabes, donne une place au local et à la société civile. Le projet c’est « proposer et se proposer pour aujourd’hui et pour le futur » autour de biens communs.
  • économique : le développement économique des métropoles méditerranéennes se construit dans une double perspective internationale - de passage entre l’Europe et l’Afrique- et nationale – de diffusion des territoires urbains vers les arrières pays ruraux.
  • écologique : la résilience méditerranéenne passe par la transition vers des éco-métropoles en transformant croissance en développement respectueux des ressources et moins émettrices de pollution.

 

Dès lors, comme le suggère Amine Benaissa, la matrice d’intervention d’un schéma tactique, est une recherche  de compromis entre cohésion et attractivité, durabilité et développement, détermination et co-production, structure et dynamique, vouloir et pouvoir. La ville, dit-il, s’écrit à l’encre (réalisation d’une série de grandes opérations pour construire une structure) mais aussi au crayon pour ouvrir une capacité de manœuvre dans les développements futurs.

 

Mais de quel type de projets parle-t-on exactement pour faire métropole : matériels ou immatériels, grands ou petits, planifiés ou spontanés ? L’AVITEM propose une combinaison entre trois typologies des projets pour faire la métropole méditerranéenne : grands projets, projets systèmes, projets alternatifs. Selon cette lecture, les grands projets internationalisent les métropoles, produisent une offre haut de gamme attractive mais ne suffisent pas à faire la métropole. Ils sont à compléter par des projets systèmes qui maillent la métropole à la grande échelle et sont conçus à l’intersection de différentes thématiques. A l’occasion du projet de transports par exemple, le projet peut réarticuler la qualité des paysages, la transformation urbaine, à celle de la multi-modalité dans une démarche intégrative. Le troisième type de projets qui font la métropole sont les projets alternatifs, souvent portés par des acteurs non publics. Ils posent notamment la question du positionnement de l’acteur public vis-à-vis de l’informalité. Comment passe-t-on d’une logique d’éradication (dégourbification en Tunisie) à celle opposée du tout privé, à une logique intégrative en accompagnant les dynamiques économiques et sociales locales qui construisent la ville et répondent ainsi aux besoins de logement et de services des habitants ?

 

La révolution est culturelle. Ecrire le futur impose désormais un dialogue constant entre l’idée d’un intérêt général jusqu’alors porté par l’acteur public et un système d’auto-régulation créateur de solutions, entre une vision globale et des processus complexes de décisions. L’exemple allemand propose une autre approche de l’urbanisme : certains projets sont conçus à la grande échelle lorsqu’il n’est pas pertinent de les produire à une autre.

 

Marie Baduel