Restitution des Dialogues de l'urbain du 29 janvier

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Dans le cadre des Dialogues de l’Urbain, une table ronde a été animée par l’AVITEM à la Passerelle, Médiathèque de Vitrolles.  Elle réunissait trois acteurs Amine Benaissa, architecte-urbaniste, 8 ans directeur du projet métropolitain du Grand Alger, Oriol Clos, Architecte-urbaniste, 8 ans Architecte en chef de la Ville de Barcelone, ville centre de la métropole de Barcelone et Loïc Gachon, Maire de Vitrolles. Une rencontre qui permet un échange nourri et de haut niveau entre des acteurs des Métropoles Méditerranéennes.

 

Comme annoncé, le débat portait autour de cette question « métropole nourricière ou prédatrice » ? sans pointer du doigt le fait métropolitain mais en questionnant les différents registres de « projets métropolitains » et leurs effets sur la cohésion sociale et territoriale.

 

Premier temps du débat - Les métropoles ouvrent des opportunités économiques et sociales majeures pour les habitants métropolitains, ceux de la ville-centre mais également ceux des communes moyennes ou des villages du territoire métropolitain- concentration des entreprises et des emplois, espaces d’échanges sociaux et d’accès au savoir, etc – Dans le même temps elles constituent des zones exacerbées de concurrence. Combien de candidats pour une offre d’emploi ? Combien sommes-nous à être intéressés par un logement libre ? Comment les populations les plus défavorisées font-elles face à la valorisation des marchés, dans une ville de plus en plus clivée entre les espaces gentrifiés et les espaces délaissés, voire insalubres ? Comment les politiques métropolitaines peuvent-elles contribuer à l’enjeu de cohésion sociale et territoriale ? Loïc Gachon souligne que la Métropole d’Aix-Marseille-Provence a été créée dans cette perspective de solidarité fiscale. Fruit d’une histoire politique et économique, Marseille est le territoire le plus pauvre de l’aire avec des charges de centralités indéniables. Pour le Maire, il aurait fallu poser clairement ce besoin de partage mais inventer une gouvernance plus équilibrée au profit des Communes qui allaient être les contributrices de cette solidarité. Pour Amine Benaissa et Oriol Clos, le changement d’échelle métropolitain permet de concevoir des politiques volontaristes de mises en valeur des territoires les plus délaissés qui peuvent devenir des centres de développement. Dès lors, réseaux et connexions deviennent l’enjeu majeur d’une efficacité métropolitaine. Une stratégie à géométrie variable qui bouscule les périmètres territoriaux, en les élargissant jusqu’à l’international ou au contraire en retrouvant des proximités de dialogue et d’actions.

 

 Second temps du débat. L’interpellation « métropole nourricière, métropole prédatrice » renvoie également à la question du rapport entre ville et nature. L’image des métropoles est souvent liée à l’image de cette diffusion urbaine, hors des villes traditionnelles pour investir des espaces agricoles ou environnementaux. A sa création, la métropole AMP, perdait chaque année 900 hectares de terres agricoles au profit de l’urbanisation. Or, face aux nouvelles injonctions de lutte contre le changement climatique, de transition écologique et énergétique, de sécurité alimentaire, le rapport entre ville et nature doit se modifier rapidement. L’espace non construit-naturel ou agricole- ne peut plus être l’espace de report de l’urbanisation de demain.  C’est un espace stratégique pour le bien-être des populations et la résilience des territoires. Cette approche fait l’unanimité entre les trois intervenants. Tous démontrent l’intérêt paysager, économique et social d’un rapport fécond entre ville et nature. Une vallée, un littoral, un lac deviennent des échelles de projets pour trouver des compromis respectueux de l’avenir. De toute évidence, l’urbanisme métropolitain se doit de concevoir des nouvelles formes de villes, neutralisant les effets délétères de l’étalement urbain par une attention accrue à la préservation de la qualité des sols, de l’air, de l’eau, et au maintien des activités agricoles*.

 

En conclusion, prédatrices ou nourricières ? tout dépendra de la valeur ajoutée qu’offriront les métropoles en termes de services collectifs par rapport aux politiques jusque-là territorialement fragmentées. Plus globalement, une métropole devient nourricière lorsqu’elle construit un récit collectif qui permet d’assembler population et territoires dans une dynamique commune, de mettre en synergie les actions des uns et des autres et sûrement de faire la preuve d’économies de moyens au sens large, financiers bien sûr, mais aussi de ressources naturelles et environnementales. Gageons que les citoyens y seront sensibles !

 

Marie Baduel

*Urbanisme des milieux vivants, agence TEC, grand prix de l’urbanisme 2018. Editions Parenthèses.