Restitution de l'atelier du Réseau des Aménageurs à Gênes

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Jusqu’à il y a quelques années, l'interface ville-port était considérée comme un système ou une série de mécanismes utopiques qui reliaient plus ou moins fermement le port et la ville. Sur le plan spatial, on suggérait une zone d'interface entre les activités urbaines et les activités maritimes. Ce ruban, la plupart du temps traversé par une ligne de démarcation entre les administrations urbaines et portuaires, était parfois une zone de coopération, mais le plus souvent une zone de conflit, pouvant présenter soit des espaces délabrés soit au contraire une régénération et une croissance dynamique.

 

Aujourd’hui, le port devient un espace multifonctionnel et polyvalent : c’est à la fois une partie du front de mer et un espace public urbain, une zone industrielle et un point de connexion multimodal, une zone logistique et de dépôt, un point d'accès et une partie du paysage, une zone de loisirs et une zone commerciale. Acteurs de la refondation territoriale, économique et environnementale, les ports de Méditerranée se débarrassent de plus en plus facilement de leur position fractale et isolée par rapport à la ville et à la mer et se structurent autour d’un processus de « réconciliation » et de reconnexion des territoires.

 

Les experts réunis au Centro Congressi dei Magazzini del Cotone à Porto Antico de Gênes (Italie) les 16 et 17 mai dans le cadre du Réseau des Aménageurs de la Méditerranée, ont tous confirmé la grande cohérence dans laquelle s’inscrit à présent la relation entre la ville et le port. Sujet de maintes études et opérations de gouvernance partagées, les ports s’inscrivent maintenant dans une identification conjointe des priorités de la ville et dans la définition de stratégies partagées en lien avec la pertinence des enjeux urbains, dans un cadre valorisant très fréquemment les partenariats public-privé.

 

Le Réseau des Aménageurs des villes méditerranéennes du futur prolonge sa réflexion et son expertise avec les principaux experts de la relation ville-port des deux rives de la Méditerranée. Ouvert par les interventions du président de l'Autorité portuaire de la Ligurie occidentale, Monsieur Paolo Emilio Signorini, de l'Ambassadeur Bernard Valero, Directeur Général de l’AVITEM et du Directeur Général de Porto Antico di Genova SpA, Monsieur Alberto Cappato, l’atelier #1 du Réseau a travaillé pendant une journée et demie sur le développement urbain durable des villes portuaires en Méditerranée.

 

La première session a porté sur les dynamiques territoriales induites par les projets de reconversion portuaire : Marie Baduel de l'AVITEM, Konstantia Nikopoulou de MedCités, Redi Kodra de l'Autorité portuaire de Dürres et Mustafa Hijazi de la ville libanaise de Saïda ont présenté et échangé leurs visions sur les impulsions et les ajustements des acteurs engagés dans la grande recomposition des activités et des paysages des villes portuaires. La docteure en architecture de l'Ecole Polytechnique de Gênes, Beatrice Moretti a modéré les débats de cette première session.

 

La table ronde de l’après-midi, animée par Marie Baduel, a porté sur le rôle moteur des ports urbains dans la gestion des relations entre la ville et le port. Frédéric Dagnet du Grand Port Maritime de Marseille, Fabio Capocaccia de l'Institut International des Communications et responsable de la gestion du Port de Gênes depuis plus de vingt ans, Beatrice Moretti et José Sanchez de l'AIVP- Association Internationale Villes et Ports, ont expliqué comment la gouvernance partagée, l’implication dans les projets urbains et la coopération entre acteurs municipaux et portuaires facilitent la transition et la combinaison des usages portuaires et urbains au grand bénéfice d’un secteur riverain qui, du coup, peut redevenir productif.

 

L'innovation a été au centre des travaux du vendredi 19. Alberto Cappato et Frédéric Dagnet ont illustré la thématique de cette demi-journée, « stratégie d'attractivité urbaine de reconversion environnementale des ports », avec les exemples du Vieux Port de Gênes et du Port maritime de Marseille, Giovanni Bottini ; DG de Systematica pour le transport et la mobilité et Valentina Voligni, experte de Capenergies - European Cluster avec les exemples de Toulon et Nice en matière d'énergies renouvelables et réseaux intelligents. Ce qu’il faut retenir de cette dernière table ronde, animée par José Sanchez, est que la prise de conscience de la nécessité croissante de protéger l'environnement de même que le rôle central des citoyens et des usagers, acteurs clés de l'espace urbain, conduisent à une relation encore plus étroite entre le politique, responsable des décisions stratégiques, et les experts en nouvelles technologies et en mobilité, planification et développement urbains.

Pierre Massis - Flavie Guiselin