Mai 2019

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Rapport sur la biodiversité de l’IPBES : quels sont les impacts de l’urbanisation (et du tourisme) sur la biodiversité globale ?

 

1) Lors de la 7ème réunion plénière de l’IPBES de la semaine du 29 avril au 4 mai 2019 au siège de l’UNESCO à Paris, l’établissement d’un bilan mondial de la situation de la biodiversité a donné lieu, le 6 mai 2019, à la publication d’un résumé à l’attention des décideurs du rapport d’évaluation mondial sur la biodiversité et les services écosystémiques.

Le rapport nous dévoile qu’1 million d’espèces sur 8 millions pourraient être menacées d’extinction. Au moins 680 espèces de vertébrés ont disparu à cause de l’action de l’homme depuis le 14ème siècle et environ 9% des espèces terrestres mondiales ont un habitat insuffisant pour leur survie à long terme si celui-ci n’est pas restauré. L’intégralité de l’habitat terrestre mondial a connu une réduction de 30% causée par la perte et la détérioration de ce dernier. Ce rapport, jugé le « plus exhaustif de ce type », dévoile un déclin de la biodiversité tel que la plupart des objectifs mondiaux sociaux et environnementaux internationaux énoncés dans les objectifs d’Aichi[i], ne seront pas atteints d’ici 2030 sur la base des trajectoires actuelles.

Les chiffres inquiétants de cette « 6ème extinction de masse » sont non seulement causés par l’agriculture, l’exploitation forestière, les changements climatiques, l’exploitation des mines et des ressources naturelles, mais aussi par les espèces invasives et les pollutions de l’air, de l’eau et de la terre. Des pollutions étant elles-mêmes causées par une croissance démographique, une urbanisation et consommation globale toujours plus grandissantes.

Par conséquent, un changement et un dépassement des intérêts particuliers sont aujourd’hui nécessaires à une restauration et protection urgente de la nature. « La nature rend possible le développement humain, mais notre incessante sollicitation des ressources de la terre accélère les taux d'extinction et dévaste les écosystèmes de la planète », souligne Joyce MSUYA, Directrice exécutive adjointe d’ONU Environnement.

 

2) « Depuis 1970, la population mondiale a plus que doublé (passant de 3,7 à 7,6 milliards), augmentant de manière inégale selon les pays et les régions ». Cette croissance démographique mondiale, étant couplée à l’urbanisation, a provoqué une expansion des zones urbaines augmentant de plus de 100% depuis 1992 selon le rapport de l’IPBES. L’urbanisation occasionne elle-même une consommation d’espace, une augmentation de l’utilisation des transports, la raréfaction et concentration des ressources et, des demandes et offres de consommation toujours plus exigeantes causées notamment par l’élévation du niveau de vie, donc de consommation, d’un grand nombre. En effet, le produit intérieur brut par habitant serait aujourd’hui quatre fois plus élevé qu’en 1970, avec des « consommateurs toujours plus éloignés transférant la pression exercée sur l'environnement par la production et la consommation dans toutes les régions ». De plus, suite à l’augmentation de la demande par les consommateurs et au développement technologique qui en découle, « les tendances de la production agricole, de la pêche, de la production de bioénergie et de la récolte de matériaux ont augmenté ». Or, l’utilisation non durable des ressources a conduit entre autres à une diminution du carbone organique du sol et de la diversité des pollinisateurs, ce qui a entrainé une dégradation de l’environnement et par conséquent, une perte de la biodiversité. Compte tenu de la hausse de la consommation, mais également de la mondialisation, la demande touristique globale a connu une augmentation considérable. Le transport de biens et de personnes sur des longues distances, incluant de ce fait le tourisme, a beaucoup augmenté ces 20 dernières années et a un impact négatif sur la biodiversité. Les déplacements par avion et par bateau de biens et personnes ont effectivement, selon l’évaluation de l’IPBES, augmenté la pollution et l’introduction d’espèces invasives. Entre 2009 et 2013, l’empreinte carbone liée au tourisme aurait augmenté de 40% et représenterait 8% des émissions totales de gaz à effet de serre liées au transport et à la consommation de nourriture.

Nous pouvons constater que la demande et l’offre non durables engendrées par la croissance démographique et l’urbanisation ont eu non seulement des conséquences négatives sur l’environnement et la biodiversité, mais également sur la répartition économique et sociale globale, engendrant parallèlement des conséquences géopolitiques désastreuses. En effet, selon les chiffres du rapport de l’IPBES, plus de 2500 conflits liés aux ressources (combustibles fossiles, eau, nourriture et terre) seraient actuellement en cours dans le monde.

 

3) Comment rendre nos villes plus résilientes face à ces défis ? D’après l’évaluation de l’IPBES, il est tout d’abord nécessaire de promouvoir les solutions basées sur la nature. Celles-ci incluraient par exemple la combinaison des infrastructures actuelles avec des infrastructures plus durables (tels que les toits verts), la promotion de jardins urbains, l’accessibilité de tous à des espaces naturels entretenus et protégés pour ainsi combiner la nature à la ville. L’engagement vers un urbanisme durable est primordial et inclut par exemple l’amélioration de l’accès aux espaces verts ou/et la promotion de connectivités écologiques dans les espaces urbains. La production et la consommation durables et l’encouragement de modèles économiques alternatifs doivent également être tenus en compte. Aussi, la prise en considération de la biodiversité doit aujourd’hui devenir prioritaire dans la planification de tous les secteurs clés, ainsi que dans la réforme et le développement des structures d’incitation telles que les collectivités territoriales par exemple. C’est pour cela qu’en termes de gouvernance, il est de nos jours crucial d’inclure différents systèmes de valeurs, d’intérêts et de visions du monde dans la construction des politiques et actions publiques. De ce fait, la participation pleine et effective des communautés locales dans la gouvernance s’avère nécessaire pour répondre à ces enjeux actuels. Du fait des conséquences environnementales désastreuses du tourisme, la demande en éco-tourisme et en tourisme basé sur la nature aurait augmenté. Selon le rapport, cette nouvelle demande représenterait une opportunité pour les acteurs locaux de contribuer à une échelle plus régionale à la conservation de la biodiversité. Dans les villes, ces formes de tourismes durables peuvent notamment s’associer à l’écologie urbaine avec le développement et la promotion par exemple de jardins ou espaces verts écologiques et de réserves naturelles urbaines.

Cependant, comment assurer cette transition écologique étant donné qu’actuellement, l’expansion des zones urbaines touche globalement les pays en voie de développement et que, ces défis devront alors inclure un manque d’infrastructures de base (d’eau, sanitaires et de transport), l’absence de planification territoriale et des capacités de gouvernance et de moyens financiers limitées ? Le rapport de l’IPBES nous démontre ici l’importance de la création de nouvelles opportunités économiques. Les partenariats économiques et l’innovation sont aujourd’hui primordiaux pour répondre aux besoins environnementaux, et donc à la problématique de la perte de la biodiversité, mais également pour répondre aux impacts sociaux-économiques et géopolitiques que ceux-ci engendrent. En effet, ces partenariats, entre gouvernements et communautés locales, secteurs publics et privés, pourraient apporter des solutions localement et régionalement adaptées, telles que l’innovation de nouvelles technologies à coûts réduits, notamment pour le traitement des eaux usées et la production d’énergie, ainsi que la promotion d’initiatives visant à limiter et réduire la surconsommation.

 

La Directrice générale de l’UNESCO, Audrey AZOULAY, a tiré la grande leçon de ce rapport en soulignant fort justement que : « Ce rapport essentiel rappelle à chacun d'entre nous la vérité évidente : les générations présentes ont la responsabilité de léguer aux générations futures une planète qui ne soit pas irrémédiablement endommagée par les activités humaines. Nos savoirs locaux et autochtones et nos connaissances scientifiques prouvent que nous avons des solutions et donc plus d'excuses : nous devons vivre autrement sur terre. »

 

4) C’est dans ce contexte particulièrement préoccupant, en particulier sur l’espace méditerranéen où se conjuguent avec intensité tous les défis et menaces relevés par l’IPBES, que l’AVITEM inscrit son action :

  • En développant et partageant son expertise sur le développement durable des villes et territoires : les ateliers de l’AVITEM consacrés au Nexus énergie-eau-alimentation (Marseille, le 6 juillet 2018) et à la biodiversité dans les villes méditerranéennes (Marseille, le 26 avril 2019).
  • En conduisant des projets européens portant sur ces thématiques : les projets Interreg MED « Madre » sur l’agriculture urbaine et Interreg Marittimo « TRIGEau » sur le risque d’inondations par exemple.
  • En consacrant une part significative de son cycle d’études urbaines et territoriales aux questions environnementales et aux politiques publiques de développement durable.
  • En menant des partenariats avec d’autres acteurs nationaux ou internationaux engagés sur le développement durable des villes et territoires et sur la protection de l’environnement dans les territoires urbains, mais aussi avec un grand nombre d’acteurs locaux établis sur le territoire de la Région Sud.

 

Le Congrès mondial de l’UICN qui se tiendra à Marseille en juin 2020 donnera l’occasion d’avancer sur cette voie, notamment en liaison avec le centre de l’UICN de coopération pour la Méditerranée de Malaga.

[i] 20 objectifs ont été mis en place par la Convention sur la diversité biologique en 2010 à Nagoya, au Japon, dans le cadre du Plan stratégique pour la biodiversité 2011 – 2020.

 

Adeline Oliveira