Mai 2018

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La ville intelligente en Méditerranée

 

1) Sur l’espace méditerranéen, les défis qui se présentent à la ville méditerranéenne sont singuliers car ils interviennent sur un espace ou 4 mutations sont à l’œuvre :

  • Une mutation démographique

Estimée aujourd’hui à 350-400 millions d’habitants, la population méditerranéenne pourrait s’accroitre de 50 millions de méditerranéens dans les 10-15 ans à venir, sous le triple effet d’un taux d’accroissement démographique élevé au sud, de l’allongement de l’espérance de vie et des flux migratoires (réfugiés climatiques tout spécialement).

 

  • Une mutation urbaine

Tournant autour de 70%, le taux d’urbanisation de la population méditerranéenne devrait dépasser les 80% d’ici 10 ans.

 

  • Une mutation de l’échelle des territoires urbains

Des villes qui évoluent en nombre croissant à l’échelle métropolitaine, souvent couplées à des ports, des territoires urbains dont l’empreinte foncière et environnementale ne cesse de s’étendre.

 

  • Une mutation environnementale

Réchauffement climatique, recul de la biodiversité, effacement des couvertures végétales et forestière, stérilisation des sols, accumulation des déchets en mer et sur terre, tensions sur les ressources en eau, qualité de l’air dégradée, la liste des clignotants environnementaux qui sont passés au rouge sur l’espace méditerranéen s’allonge chaque jour de manière alarmante.

 

2) Dès lors, l’urgence de la ville méditerranéenne durable s’impose tandis que les paramètres dits « classiques » de la ville intelligente ne sauraient y être mécaniquement déclinés.

- Le premier choix qui se présente aux décideurs des politiques publiques urbaines du Sud est en effet primordial car engageant l’avenir : construire la ville ex-nihilo (ville nouvelle), aménager la cité existante et souvent ancienne, laisser se développer l’étalement urbain, le mitage des territoires péri-urbains, et les entrelacs de conurbations.

 

- Au-delà, les réponses doivent ensuite s’organiser en premier lieu autour de la question centrale du logement, besoin prioritaire s’il en est, et sur lequel doivent interagir les trois flux du triangle vital d’un territoire urbain : l’alimentation, l’énergie, l’eau.

 

- Viennent enfin les décisions concernant l’organisation des territoires urbains : implantation des services publics, développement de l’activité économique, organisation des mobilités, liaison des territoires urbains et ruraux, (ces derniers ayant eux aussi bien évidemment vocation à être « intelligents »), connexion entre les métropoles et les villes secondaires (une ville intelligente ne saurait en aucun cas être une ile), gestion transversale du numérique et du recours aux ntic.

 

3) A ce stade du processus itératif, la ville intelligente française, conçue pour se développer et être partagée sur l’espace méditerranéen, gagnera à conjuguer plusieurs dimensions :

- Si le développement des territoires urbains en Méditerranée s’ordonne de plus en plus autour, et à l’échelle, des métropoles, (beaucoup d’entre elles portuaires de surcroit, donc ouvertes sur le monde), il n’existe pas pour autant de modèle unique de la ville méditerranéenne. Chacune s’inscrit en effet dans une histoire propre, possède ses spécificités géographiques, économiques et sociales, et s’inscrit par ailleurs dans des cadres nationaux institutionnels qui diffèrent d’un pays à un autre. L’approche différenciée et au cas par cas prend alors le pas sur un modèle unique qui ne s’avèrera pas transposable.

 

- La deuxième remarque porte sur l’approche, qui doit être globale, et sur la démarche, qui doit être transversale, à l’heure de porter une action de coopération sur la ville intelligente. Que ce soit à l’échelle du quartier, d’une ville, d’un territoire métropolitain ou péri-urbain, toutes les actions menées gagnent en effet à avancer en étroite interaction les unes avec les autres, et à progresser au même pas : le développement du numérique, des énergies renouvelables, des mobilités, l’aménagement des espaces publics, la construction des pôles d’activités, la lutte contre les ilots de chaleur, la place de la nature en ville et de l’agriculture urbaine, l’efficacité énergétique des bâtiments, le traitement des déchets, la connectivité des services publics, la sécurité, sont autant de champ d’intervention qui ne peuvent être dissociés les uns des autres sous peine de passer au final à côté de l’objectif.

 

- Enfin, dans une optique de coopération, le concept de ville intelligente doit s’accompagner, à toutes les étapes de sa mise en œuvre, d’un dispositif robuste de formation et d’élévation des compétences ; ce processus doit être inclusif (fonctionnaires territoriaux, élus, secteur privé, associations citoyennes), favoriser l’interaction et le travail collectif, s’appliquer à la gouvernance de la ville intelligente, projet collectif par excellence, et s’inscrire dans la durée.

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Avec des fortunes jusqu’ici diverses, la ville intelligente est en train de marquer progressivement de son empreinte la construction des territoires urbains en méditerranée. Significatif à cet égard, le premier sommet régional des villes intelligentes en Afrique du Nord (juin 2014 à Ifrane au Maroc), a mis en relief la montée en puissance du sujet, a révélé le large éventail des attentes que suscite le numérique pour la ville méditerranéenne du futur, et a fait apparaitre une large mobilisation d’acteurs et d’écosystèmes de l’innovation de l’économie urbaine.

 

C’est en résonnance avec des initiatives de ce type que la ville intelligente est appelée à occuper une place croissante dans les actions de coopération décentralisées, mais aussi sur le champ des coopérations internationales, notamment portées par ONU-Habitat, par l’Europe, par l’Union pour la Méditerranée.

 

Bernard Valero