Entretien avec Hervé Boisguillaume, Directeur de Projet « Ville durable » au Ministère de la Transition écologique

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Hervé Boisguillaume travaille auprès de la Direction des Affaires Européennes et Internationales sur le sujet de la ville durable au sein des Ministères de la Transition écologique et solidaire et de la Cohésion des territoires. Il est en charge des coopérations internationales dans le domaine de la ville durable.

Il a notamment la responsabilité d’animer le volet international du Réseau Vivapolis, dont l’action vise à fédérer les acteurs français publics et privés qui travaillent à la conception, à la construction et au fonctionnement de la ville durable et promouvoir leurs savoir-faire à l’international.

Green Soluce : Aujourd’hui, quels sont les axes de travail prioritaires du Ministère de la Transition écologique et solidaire pour la ville durable de demain : la connectivité, la biodiversité, la mobilité, etc.?

Hervé Boisguillaume : Pour le Ministère, le premier axe prioritaire est l’intégration des questions de développement durable dans toutes les politiques publiques, notamment la protection de l’environnement et la promotion de toutes les innovations en faveur de l’efficacité énergétique, de l’économie circulaire ou encore de la mobilité. Mais la spécificité française dans la construction des villes durables, c’est surtout la participation citoyenne pour construire une ville au plus proche des besoins et des envies des citoyens. En cela, nous considérons que l’innovation technologique ne doit pas être un but en soi, mais un outil au service des élus et des habitants.

 

Green Soluce : Selon vous, quel est le rôle de la pédagogie et de la sensibilisation envers les utilisateurs-citoyens urbains dans la transition énergétique et le développement de villes plus durables ?

Hervé Boisguillaume : Le rôle de la sensibilisation est essentiel et demeure un axe d’amélioration pour nos institutions. Il faut commencer très tôt pour changer les comportements et impulser de nouvelles pratiques en faisant toujours plus d’éducation au développement durable dans les écoles et à tous les âges de la vie. Aujourd’hui, beaucoup d’actions sont menées par le Ministère de la Transition écologique et solidaire et par l’ADEME en France et à l’international pour impliquer les citoyens, à leur échelle, dans la réduction des émissions de gaz à effet de serre (diminution du gaspillage, promotion de la consommation de produits locaux, etc.).

Nous participons, par exemple, aux concours « Ville durable » organisés par trois ambassades de France en Pologne, en Roumanie et en Bulgarie. En Pologne, des villes et des écoles sont récompensées pour avoir lancé des programmes de sensibilisation auprès des enfants.

 

Green Soluce : Les citoyens affirment de plus en plus leurs revendications écologiques, comment faire en sorte de les mobiliser concrètement dans l’élaboration d’un modèle de ville agile et durable ? Les Ministères ont-ils mené des actions de sensibilisation pour embarquer encore davantage de citoyens dans cette démarche ?

Hervé Boisguillaume : Depuis quelques mois, les revendications des citoyens, et particulièrement de la jeunesse, pour une action climat plus ambitieuse, sont de plus en plus fortes, notamment suite à la COP24. Comment les prendre en compte et intégrer les citoyens aux réflexions menées dans les territoires ? C’est ce que nous avons fait avec la labellisation ÉcoQuartier, référentiel d’aménagement durable développé par le Ministère de la Cohésion des territoires à destination des villes. En effet, la participation citoyenne est un des vingt engagements du cahier des charges : toute ville qui veut obtenir le label ÉcoQuartier doit faire en sorte que la démarche soit portée par les citoyens en les faisant participer en amont.

Ce label prévoit également une évaluation par les habitants trois ans après la livraison de l‘ÉcoQuartier pour pouvoir faire remonter les améliorations possibles et ainsi alimenter les futures constructions d’ÉcoQuartiers. Aujourd’hui, dans le cadre de ce dispositif qui laisse une grande place aux citoyens, 570 opérations ont déjà été labellisées.

Cette vision de la participation citoyenne s’exporte également. La France a ainsi été sollicitée par la ville de Cali en Colombie pour co-construire un label ÉcoQuartier similaire. La volonté de la ville de Cali de faire appel à la France est liée à l’expérience et au savoir-faire français sur les sujets de concertation et de participation citoyenne dans les projets urbains.

 

Green Soluce : A l’échelle de la France, comment donner, selon vous, les moyens à l’ensemble des territoires de développer des modèles de villes plus durables ?

Hervé Boisguillaume : Jusqu’à présent, le développement de villes durables a été réservé aux grandes villes et aux métropoles à fort pouvoir d’attractivité. Mais le souci actuel, c’est de faire en sorte que l’on n’oppose plus les villes durables et connectées aux campagnes désertées. Ainsi, l’outil ÉcoQuartier permet d’obtenir des résultats significatifs dans des villes de petite taille, notamment grâce au travail mené avec l’Association des Petites Villes de France (APVF), France urbaine, et l’Agence des Villes et Territoires Méditerranéens durables, dont l’objectif est de développer des outils au service du développement durable au sein de petites et moyennes villes.

Les innovations sont pensées et déployées dans les territoires en s’appuyant notamment sur les démonstrateurs industriels pour la ville durable et sur les différents pôles de compétitivité. Leur valorisation est menée par le Réseau Vivapolis, mais également par la Task Force Ville Durable du MEDEF, qui regroupe 600 partenaires privés, portant ces innovations et les bonnes pratiques de gouvernance dans les grandes villes françaises mais également dans les zones péri-urbaines et rurales.

Enfin, les villes d’outre-mer participent également à ce développement notamment grâce à deux démonstrateurs de ville durable en Guyane et à Marie-Galante. Le démonstrateur à Marie-Galante travaille par exemple sur la transition énergétique et écologique dans les petites îles, en menant des réflexions et des expérimentations sur les thématiques de l’autonomie énergétique, du traitement et de la valorisation des déchets, ou encore des transports collectifs. Ce potentiel est particulièrement intéressant pour de futurs déploiements auprès d’acteurs insulaires à travers le monde. Les résultats seront d’ailleurs mis en avant lors du futur sommet Afrique-France.

 

Green Soluce : Pour conclure, selon vous, existe-t-il une vision de la ville durable « à la française » ?

Hervé Boisguillaume : Oui, très clairement. C’est quelque chose que nous constatons quand nous parlons avec nos interlocuteurs. Notre vision de la ville durable est reconnue et attendue à l’étranger. Cette vision peut se résumer en trois axes :

  • Une vision globale de la ville, où l’ensemble des services est accessibles à tous, emplois, commerces, transports, services publics ou encore espaces verts et de loisirs, ce qui correspond à une demande de qualité de vie.
  • Une co-construction partenariale où les associations, les ONG, les entreprises et surtout les habitants sont intégrés à une réflexion commune.
  • Une ville résiliente, c’est-à-dire une ville qu’on ne construit pas comme il y a vingt ans mais qui prend en compte les risques et les changements climatiques à venir.

Cette vision de la ville durable à la française sera notamment mise en avant lors de 3 grands événements en 2020 :

  • Le sommet Afrique-France en juin 2020 qui réunira les chefs d’Etat, les élus locaux, les entreprises et les organisations françaises et africaines. Ce sommet sera l’occasion d’organiser la promotion des innovations pour la ville durable, où les acteurs Français et Africains pourront présenter leur travail aux décideurs et au grand public.
  • Le Forum Urbain Mondial qui se tiendra à Abu Dhabi en février 2020.
  • L’Exposition Universelle de Dubaï (octobre 2020 – avril 2021) dont le thème sera la ville durable, avec un Pavillon France qui présentera les expériences et les innovations françaises en la matière.

 

Propos récoltés et retranscris par Constance Flachaire et Pierre Rostan pour Chroniques UrbainesTM  - Source : Green Soluce