Décembre 2017

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Le rôle des métropoles du Sud et du Nord Méditerranée dans l'accueil des migrants

Extrait du rapport du séminaire du 5 décembre 2017 au Parlement Bruxellois par la Fondation du Dialogue Nord Sud Méditerranée

 

Bernard Valero, Directeur Général de l'AVITEM : il a été Ambassadeur de France pendant toute sa longue carrière et notamment en Belgique d’octobre 2012 à Septembre 2015. Il est le Directeur Général de l'AVITEM à Marseille.

Les territoires méditerranéens se développent aujourd'hui dans un contexte de profondes mutations :

La progression, sans équivalent jusqu'ici, de la démographie méditerranéenne : nous sommes aujourd'hui 420 millions de méditerranéens, d'ici 20 ans, peut-être moins, cette population méditerranéenne comptera 100 millions d'habitants supplémentaires. Cette croissance démographique s'accompagne d'une urbanisation croissante de la population : 70% aujourd'hui, probablement plus de 80% dans 10 ans.

Dès lors, ce sont la taille, le périmètre et l'échelle des centres urbains qui connaissent un processus d'élargissement continu et qui s'organisent de plus en plus à l'échelle métropolitaine et, plus précisément encore, autour de métropoles portuaires.

Cette triple mutation intervient de surcroit dans un espace, la Méditerranée, qui est I 'une des régions du monde les plus fragiles sur le plan environnemental : pollution marine sous l'effet d'un usage de plus en plus intensif des espace maritimes et littoraux, biodiversité menacée, réduction de la couverture forestière et végétale, érosion, stérilisation des terres arables, accumulation de déchets toujours plus importante, inégalités environnementales croissantes (2/3 de la ressource en eau se trouve au Nord de la Méditerranée alors que 2/3 de la population se trouve au Sud), etc. . .

C'est bien pour tenir compte de cette triste spécificité environnementale que la France avait « inventé » le concept de Medcop en accueillant la première manifestation de ce type à Marseille en juin 2015, initiative qui avait été reprise par le Maroc lors de la Medcop de Tanger en juillet 2016.

Enfin, la pression et les flux migratoires qui impactent en tout premier lieu la rive sud de la Méditerranée, jouent un rôle de plus important au plan économique et social sur les territoires urbains.

La combinaison de ces mutations à l'œuvre sur l'espace méditerranéen ne va pas sans poser de multiples problèmes pour ceux qui ont la charge de définir, de décider et de mettre en œuvre les politiques publiques : le logement, la maitrise du foncier, les réseaux de transport, la mobilisation contre l'habitat précaire, l'approvisionnement en eau et en énergie, l'organisation et le fonctionnement des services publics, le traitement des déchets, la lutte contre les catastrophes naturelles, la conduite de la transition énergétique, le développement des littoraux urbains, le lien entre les territoires portuaires et urbains, etc...

Dans ce contexte et face à ces défis la réponse autour de solutions s'organise dans la mise sur pied d'une coopération internationale.

Si ces solutions sont nombreuses, l'une d'entre elles apparait déterminante : l'amélioration de la gouvernance territoriale et l'élévation des compétences de ceux qui en ont la charge. C'est notamment par ce biais que les réponses aux enjeux de construction de territoires urbains durables pourront être apportées et entrer dans la réalité.

Par ailleurs, l'innovation doit être placée en première ligne de la mobilisation pour les villes méditerranéennes du Futur : l'agriculture urbaine, la lutte contre les ilots de chaleur, le coworking, les mobilités douces combinées à l'accroissement de l'offre et de l'usage des transports publics, l'organisation de l'espace public, la préservation et la promotion du patrimoine culturel et historique urbain, la maitrise des flux touristiques, autant de sujets auxquels doivent s'appliquer des politiques publiques visant au développement durables des territoires urbains concernés.

Pour sa part, la coopération internationale, déterminante, s'organise : l'Union pour la Méditerranée (UPM) a lancé lors de la conférence ministérielle du Caire en mai 2017 une plateforme du développement urbain durable qui sera un lieu de partage et de travail en commun sur I 'ensemble de l'espace méditerranéen. La Banque Mondiale s'est elle aussi emparée résolument du sujet, tandis que l'Union Européenne n'est pas en reste en consacrant des ressources significatives à des projets urbains, territoriaux et environnementaux dans le cadre de ses projets IEV.

Enfin, de nombreux acteurs, comme l’Agence des Villes et Territoires Méditeranéens Durables, (AVITEM), basée à Marseille, animent de nombreuses initiatives visant à accroitre les travaux sur ces sujets. Les réseaux de coopération entre villes méditerranéennes tels que Medcités (Barcelone), ou encore le réseau des villes EuroMed (Nice), sont pour leur part des acteurs à la compétence et à la légitimité reconnues.

Au registre de la coopération internationale, il faut enfin mentionner le rôle et l'action d'acteurs institutionnels de poids, comme les financeurs (Banque Mondiale, BEI par exemple) ou les organismes de coopération et d'aide au développement (AFD par exemple)