Ahmed Nouh : "Ksar Tafilelt est la plus belle et la plus propre des cités algériennes"

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Interrogé dans le cadre de la rencontre du Réseau des opérateurs et des aménageurs de la Méditerranée (Marseille 17 et 18 décembre 2018), Ahmed Nouh, ancien pharmacien et président de la fondation Amidoul, veut promouvoir son éco-cité Ksar Tafilelt qui réussit à marier modes de vie ancestraux et modernes.

 

econostrum.info : Quelle est la philosophie de cette éco-cité ksar Tafilelt ?

Ahmed Nouh : Il s'agit d'un petit projet urbain résidentiel né après la crise du logement dans les années 1990 en Algérie sur une petite colline rocheuse de vingt-deux hectares. Il fallait trouver une solution et s'intéresser à comment nos ancêtres procédaient. L'Algérie est très vaste, donc le problème de terrain n'en est pas un. Nous devions créer des ensembles à l'échelle humaine de 1 000 à 2 000 habitations et entre 5 000 à 15 000 habitants. De cette manière, tout le monde connaît tout le monde et les classes sociales s'entraident. Chacun participe, se sent utile, de l'âge de cinq ans aux personnes âgées.

 

Ce projet de long terme est enfin devenu réalité ?

A.N. : Légalement, il a débuté en 1997. Aujourd'hui, achevé depuis cinq ans environ, il compte 1 050 maisons, petites, moyennes et grandes. La réussite ou l'échec de ce genre de projet ne se voit qu'après son achèvement. Depuis, nous avons créé une ceinture verte, un éco-parc, géré par les associations présentes dans la cité. Chaque habitant doit planter un palmier, un arbre d'ornement et un fruitier.
C'est la plus belle, la plus propre cité d'Algérie !

Nous avons même résolu le problème du tri des ordures en ouvrant un parc zoologique utile. Il permet aux habitants d'amener leurs déchets alimentaires pour nourrir les animaux, singes, chèvres, moutons, vaches, poules... en échange d'oeufs ou de lait.

 

Comment a été financé ce village ?

A.N. : Nous n'avons aujourd'hui aucun déficit et aucun gain ! Tout a été pensé par une fondation dont l'objectif était de mettre en place un projet équilibré. L'Etat algérien via la Caisse nationale du logement, la Fondation Amidoul et le bénéficiaire du logement financent. La Caisse nationale du logement apporte 25 à 40% du coût des habitations en fonction de la taille des maisons. Mais l'aide est la même pour tout le monde, de l'ordre de 7 000 € actuellement, plus l'installation des VRD (ndlr : Voirie et réseau divers). Cette subvention n'est attribuée qu'aux primo-accédants. La Fondation, animée par ses six membres, des notables algériens bénévoles, permet de retirer entre 25 à 30% du coût total : la somme qui aurait constituée les bénéfices d'un promoteur. L'acheteur apporte le reste et peut ainsi acquérir une propriété à un prix raisonnable. Environ un tiers de moins que le coût habituel.

 

Ce système est-il transposable ailleurs ? Au Sud comme au Nord de la Méditerranée ?

A.N. : Le fait de venir à Marseille pour exposer ce projet montre bien que nous voulons que ceci soit transposable. Bien entendu, chaque région du monde dispose de spécificités, mais partout il existe des personnes voulant faire du bien avec un coefficient d'intelligence assez intéressant pour échanger des idées.

Actuellement, nous avons un petit programme avec différentes universités algériennes en urbanisme et en architecture. Pour leur cinquième année, les étudiants viennent chez nous en stage pratique.

Nous essayons également de travailler avec d'autres pays comme avec la ville de Saint-Etienne qui, à l'aide d'un financement de l'Union européenne, développe à Ksar Tafilelt un harnais sécurisant les grimpeurs sur les palmiers. Deux formateurs algériens de ce secteur et deux spécialistes français ont pu échanger sur place pendant une dizaine de jours et tester leur solution avec des grimpeurs de différentes régions des oasis algériens.

 

Propos recueillis par Frédéric Dubessy (Econostrum) - Lundi 17 Décembre 2018

 

Ksar Tafilelt compte aujourd'hui 1050 habitations (photo : Tafilelt)