Bernard VALERO : "Nous créerons à Marseille un Institut des Hautes études urbaines et territoriales en Méditerranée"

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Créée en 2012, l'Agence des villes et territoires méditerranéens durables est un groupement d'intérêt public dirigé depuis octobre 2015 par l'ambassadeur Bernard Valéro. Depuis Marseille, il a pour mission de conduire un dispositif d'échange d'expériences, d'expertises, de formation et de coopération pour promouvoir le développement urbain et territorial entre les acteurs français et les pays de l'Union pour la Méditerranée. Bernard Valéro se confie à econostrum.info sur les actions menées récemment par l'Avitem et dévoile ses projets.


Vous revenez de Tunis pour la seconde session de votre cycle d'études urbaines et territoriales "Transitions métropolitaines : du projet à l'action", quel est l'objectif de ces séminaires ?

Bernard VALERO : Nous observons quatre mutations qui se développent de manière très rapide dans l'espace méditerranéen. La première concerne la progression de la démographie méditerranéenne. Nous sommes aujourd'hui 400 millions autour de la Méditerranée et dans quelques années, nous serons 500 millions. Deuxième constat, cette démographie se trouve de plus en plus urbanisée. Nous approchons, rapidement, d'un taux d'urbanisation qui devrait prochainement atteindre les 80%. Troisième mutation, les territoires urbains changent d'échelle et se situent de plus en plus à l'échelle métropolitaine. Donc, l'emprise de la ville devient de plus en plus grande. La quatrième à l'oeuvre s'appuie sur les trois premières qui se déroulent sur un espace méditerranéen qui est probablement l'espace le plus dégradé sur le plan environnemental de la planète. Tout ceci engendre des questions en terme d'environnement, de logement, de services publics, d'occupation de l'espace public, de transport, de gouvernance et demande des solutions.
A partir de ces constats, nous voyons bien que les problèmes du Nord se posent au Sud et vice-versa...Quand vous avez un problème de déchets dans une ville au Nord de la Méditerranée, vous êtes certain d'en trouver une autre au Sud de la Méditerranée avec le même souci. Donc, nous avons intérêt à nous rapprocher les uns des autres et surtout à travailler collectivement sur ces dossiers.

L'Avitem pourrait créer un Institut

Même si nous n'avons pas les mêmes moyens économiques pour y répondre au Nord et au Sud ?

Bernard VALERO : Bien entendu ! Mais, cette relation n'est pas totalement inégalitaire. Ce n'est pas le Nord qui arrive et dit au Sud "voilà comment il faut faire". D'où ces trois séminaires* organisés en 2017 et regroupant vingt-cinq auditeurs, haut-fonctionnaires territoriaux pour la plupart mais aussi des élus, qui viennent principalement du Maroc, d'Algérie et de Tunisie mais aussi du Liban, et pour la première fois du Burkina Faso. Nous avons, depuis quelques années, développé ce cycle annuel d'études urbaines et territoriales avec l'Agence française de développement (AFD), le grand opérateur français en matière d'aide au développement, et, pour la première fois nous rejoint la coopération allemande, avec la GIZ.

 

Comment expliquer que les Allemands s'intéressent tant à la Méditerranée ?

Bernard VALERO : Je crois qu'ils ont fini par comprendre, peut être les premiers avant d'autres dans le reste de l'Europe, que les questions méditerranéennes ne concernent pas simplement les Français, les Espagnols, les Italiens, les Grecs. L'espace méditerranéen se situe vraiment au sud de l'Europe et pas seulement au Sud de la France, de l'Espagne, de l'Italie et de la Grèce. Leur arrivée s'avère une bonne chose. Ceci créé de l'action collective au niveau de l'Union européenne sur un espace crucial pour l'Europe et permet ensuite aux Français de travailler concrètement avec l'Allemagne. Il demeure important que cette action conjointe menée avec les Allemands s'effectue au départ de Marseille. Et pour ne rien vous cacher, je mentionne cette ville car notre objectif stratégique reste que ce cycle débouche, avec le temps, sur un Institut des Hautes études urbaines et territoriales en Méditerranée qui s'implanterait à Marseille...

 

"Au delà des problèmes diplomatiques, vient l'action"

Pourquoi Marseille et quelle forme prendrait-il ?

Bernard VALERO : Nous avons ici un certain nombre d'acteurs, l'Avitem parmi eux, qui s'impliquent à la fois sur les questions d'urbanisme, de territoire. L'Institut peut permettre de renforcer, de cristalliser, un pôle de référence et d'expertise sur ces questions en Méditerranée. Pour la forme, ceci reste à voir. Il s'agit d'une démarche itérative. Il faut avancer progressivement. L'Avitem est partie toute seule dans ce domaine là voici quatre ou cinq ans, maintenant nous bénéficions du soutien de l'AFD et de la GIZ. Il va falloir, bien évidement aller plus loin. Et ce dans plusieurs directions : d'abord l'intensification du rythme des séminaires, ensuite inclure davantage de pays riverains de la Méditerranée - il ne faut pas oublier que deux pays,la Syrie et la Libye, seront à l'avenir, je l'espère le plus vite possible, à reconstruire - et enfin tenir compte du lien entre la Méditerranée et l'Afrique subsaharienne. C'est d'ailleurs la raison de l'arrivée cette année de deux auditeurs en provenance du Burkina Faso dans nos cycles. Au-delà des problèmes diplomatiques importants qui se posent en Méditerranée, vient l'action pouvant être menée de manière très concrète, parfois modeste, pour essayer d'agir directement sur la
vie quotidienne des personnes. Nous avons la prétention à l'Avitem, nous ne sommes pas les seuls il en existe beaucoup d'autres ici sur le territoire, d'apporter une petite contribution à cette dynamique. Nous allons plaider cela auprès de nos différentes autorités : le ministère de l'Environnement, des Affaires étrangères, le Commissariat général à l'Egalité des territoires mais également le ministère de l'Agriculture.

 

"L'Avitem doit se transformer, évoluer"

Quid de l'Avitem aujourd'hui ?

Bernard VALERO : Nous allons entrer dans une échéance importante. Fin novembre, nous rendons à la Région la responsabilité de la gestion de la Villa Méditerranée. Avec comme préoccupation que ce décrochage se fasse de la manière la plus harmonieuse possible et en particulier pour l'équipe de la Villa Méditerranée. Et c'est le cas. Personne ne reste sur le tapis. Autre point, le rebond de l'Avitem. Notre agence est un outil de notre politique méditerranéenne dans la boîte à outil de la Région et de ses territoires, et dans la boîte à outil de l'Etat. Il faut s'arranger pour régler au mieux un certain nombre de questions matérielles. Et d'autre part en profiter pour donner un coup d'accélérateur pour permettre à l'Avitem de remplir son rôle initial, celui qui avait présidé à sa création : l'engagement dans les projets de coopération dans le cadre de projets européens ou dans ce cycle de séminaires. Petit à petit, l'Avitem doit se transformer, évoluer, vers cet Institut des hautes études urbaines et territoriales en Méditerranée que je citais précédemment. Nous devons véritablement devenir un pôle d'expertise de ce domaine. Ceci va demander de développer un certain nombre de partenariats notamment avec l'Union pour la Méditerranée.

 

"Vers la reconnaissance de la spécificité de la ville méditerranéenne"

Quels sont vos autres projets ?

Bernard VALERO : En mai dernier au Caire, les ministres de la Ville de l'Euroméditerranée réunis dans le cadre de l'UpM ont demandé au secrétaire général de l'UpM de constituer une plate-forme sur la ville méditerranéenne durable. Elle est en train d'être mise en place à Barcelone et les autorités françaises ont demandé à l'UpM de mettre l'Avitem à bord de cette plate-forme pour participer aux travaux.
Les enjeux demeurent importants sur la reconnaissance de la spécificité de la ville méditerranéenne. Marseille n'est pas Los Angeles, Istanbul n'est pas Helsinki, Alger n'est pas Ottawa. Ces caractéristiques différentes soulèvent des questions et nous trouvons intéressant de travailler sur les réponses et les solutions. Nous voulons aussi faire en sorte que l'Avitem mette en place à Marseille un pôle de rencontres de tous les acteurs de l'urbain qu'ils soient dans le cadre de la recherche, universitaires, ou de l'action très concrète sur le terrain comme les aménageurs, les entreprises... de manière, et c'est notre seconde ambition, à disposer d'un espace que nous appellerions la Fabrique de la ville méditerranéenne. Une fois réglée, d'ici à la fin de l'année, la question de la Villa Méditerranée, nous pourrons nous concentrer sur ces objectifs.

 

Quels sont les changements au niveau de l'effectif et du budget pour l'Avitem suite à la perte de la gestion de la Villa Méditerranée ?

Bernard VALERO : Nous oscillons autour de quinze salariés et au niveau budget, nous sommes pour l'instant toujours sur la même assiette budgétaire avec le tour de table des membres fondateurs du GIP et des fonds européens. Ceci tourne autour du million d'euros dont plus des deux-tiers apportés par les fonds européens. Mais tout ceci reste très mouvant. * "Transitions métropolitaines : du projet à l'action" : Marseille du 24 au 29 avril 2017, Tunis du 11 au 15 septembre 2017 et Hambourg du 30 novembre au 9 décembre 2017.


Propos recueillis par Frédéric Dubessy
Vendredi 22 Septembre 2017