Septembre 2017

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Les villes et la guerre

 

Les territoires urbains ont toujours été le théâtre de guerres, d’affrontements, de conflits. Entourés de remparts dès l’Antiquité et durant le Moyen Age, ceinturés de fortifications  jusqu’au 19e siècle, les espaces urbains ont basculé dans une autre histoire à partir du 20è siècle : De Stalingrad à Grozny, d’Hiroshima à Sarajevo, d’Alep à Mossoul, les territoires urbains et métropolitains subissent désormais de plein fouet les conflits qui déchirent certaines régions du monde et sont aujourd’hui amenés à devenir de plus en plus les principaux théâtres d’opérations et/ou les champs de bataille des guerres contemporaines. La bataille de Mossoul (800 000 habitants, soit l’équivalent de la population de Marseille) vient de nous donner une dernière et tragique illustration.

 

Du siège de Troie par les guerriers grecs de Mycènes au 13e siècle av JC, à la bataille de Berlin (16 avril-2 mai 1945), en passant par la chute de Grenade le 2 janvier 1492 au terme d’un long siège mené par les troupes du Roi Ferdinand d’Aragon et de la Reine Isabelle de castille, jusqu’aux bombardements nucléaires d’Hiroshima et de Nagasaki (6 et 9 aout 1945), les villes ont été de tous temps des objets de conflits :
  • Parce que s’y trouvait le siège du pouvoir politique (le bunker d’Hitler à Berlin en 1945, la fugace prise de Moscou par la Grande Armée de Napoléon le 14 septembre 1812) dont la capture ou l’anéantissement pouvait accélérer, à coup presque sur, la débandade du camp adverse.
  • Parce qu’il s’agissait de produire un effet de sidération sur la population de l’ennemi (les bombes atomiques successivement lancées contre deux villes japonaises, les bombardements d’hôpitaux ou d’écoles en Syrie).
  • Parce que la prise d’une ville visait à forcer un tournant dans le cours d’un conflit, (siège puis chute de Sébastopol, 1854-1855, qui marquèrent le début de la défaite de la Russie lors de la Guerre de Crimée).
  • Parce qu’une ville, à un certain stade d’un conflit, pouvait représenter un enjeu stratégique majeur : la ville de Dresde, détruite dans sa quasi-totalité sous un tapis de bombes (13-15 février 1945) alors qu’elle était devenue le nœud logistique central pour l’une des dernières tentatives de l’armée allemande de briser l’avancée soviétique sur le front de l’Est.
  • Parce qu’en raison de son importance économique, la prise ou la destruction d’une ville peut s’avérer déterminante dans la conduite d’un conflit : la destruction de Carthage en 146 av JC qui permit à Rome de s’assurer du contrôle de la Méditerranée et du grenier à blé que constituaient les territoires que dominait jusqu’alors Carthage. Il en va de même aujourd’hui des affrontements qui rythment l’actualité chaotique de la Libye depuis 2011.
  • Parce que la ville peut elle-même être une frontière, ethnique, religieuse, politique, et se transformer dès lors en ligne de front, (Sarajevo en Bosnie-Herzégovine ou Mitrovica au Kosovo).
  • Parce que frapper une ville cause un choc psychologique considérable, accélère le désespoir et fait croitre la terreur, tant des civils que des combattants.
  • Parce qu’enfin, l’attaque d’une ville s’inscrit dans la guerre médiatique, en particulier celle des images, qui accompagne tout conflit moderne.

 

D’objets, les villes, et plus largement les territoires urbains et métropolitains, deviennent les théâtres des conflits et les champs de batailles. Les raisons sont nombreuses et souvent se conjuguent :
  • Urbanisation croissante des populations et progression démographique de la taille des centres urbains, de plus en plus nombreux dans le monde à franchir le barreau de l’échelle métropolitaine.
  • Changement de nature et de paradigme des conflits contemporains : guerres totales, terrorisme, guerres asymétriques, émeutes urbaines, etc…  

 

De Kaboul à Mossoul, le développement des conflits en milieu urbain a introduit de nouvelles formes de combat :

  • Combinaison de forces réduites et mobiles sur le front, avec des troupes plus nombreuses pour assurer ensuite le contrôle des zones urbaines conquises ou libérées.
  • Rusticité des armements employés (IED, voitures kamikazes) combinée à une sophistication technologique de certains moyens mobilisés (drones, GPS, caméras, etc…).
  • Spécificité des combats en milieu urbain comme l’a montré l’usage intensif de bulldozers (qui ont remplacé les blindés traditionnels) par l’armée irakienne pour pénétrer le tissu urbain de Mossoul afin notamment de se protéger des attaques aux voitures kamikazes.

 

Les conséquences de cette généralisation des conflits et combats en milieux urbains sont aussi nombreuses que tragiques pour les populations civiles :

  • Massivement prises au piège des sièges, compte tenu de la rapidité qu’autorisent les moyens modernes de combat pour verrouiller la nasse autour d’un centre urbain et en rapidement bloquer toutes les issues.
  • Prises en otage et transformées en boucliers humains par les camps en présence.
  • Victimes en masse, dites collatérales, de frappes, dites chirurgicales.
  • Evacuations massives et souvent dangereuses de flots de réfugiés conduisant au déploiement de moyens parfois considérables pour leur relogement d’urgence, leur sécurité, et leur alimentation, dans des espaces d’urbanisme précaire (camps de réfugiés) qui ne vont pas sans rappeler les secours mobilisés lors de catastrophes naturelles majeures.
  • Enfin, la destruction du patrimoine culturel et historique d’une cité théâtre d’un conflit, (Alep par exemple ou encore Mostar ou Sarajevo), signifie la disparition, toujours traumatisante, d’une partie sinon de la totalité, de la mémoire collective et de la culture de la population urbaine affectée.

 

Tandis que les armées classiques sont aujourd’hui amenées à s’adapter aux nouvelles formes que peuvent revêtir les conflits du 21e siècle, en particulier à leur dimension urbaine, la Communauté internationale est pour sa part conduite à s’adapter elle aussi à cette nouvelle donne dans sa gestion des conflits armés ou la prégnance de l’urbain est forte :

Négociation, instauration et respect de cessez le feu, couloirs humanitaires, évacuations à large échelle de populations civiles, sécurisation post-conflit des théâtres urbains d’opérations de guerre, remise en route des services publics essentiels (eau, énergie, voies de circulation, hôpitaux, ordre public et sécurité), reconstruction, autant de points d’application auxquels correspond une diversité d’acteurs (Etats, agences des Nations Unies, ONG, Unesco, OAA, Organisations régionales, institutions financières internationales , etc…).

Ceux-ci doivent être en mesure d’adapter leurs modes d’intervention et de les mettre en œuvre selon une gouvernance collective, ou à tout le moins davantage coordonnée que cela a pu être le cas jusqu’ici.

 

 

Octobre 2017

 

Objectif "ZéroCO²" : l'avenir de la planète est à nos portes

 

Après le projet ELIH-Med (Interreg MED, 2011-2015), l’AViTeM poursuit son engagement pour l’efficacité énergétique des bâtiments avec le projet ZéroCO2 (Interreg EUROPE, 2016-2020). Grâce à la coopération interrégionale, les partenaires se mobilisent pour atteindre les objectifs européens de réduction des émissions à hauteur de 20% d’ici 2020, c’est-à-dire réduire les émissions liées au secteur du bâtiment.

Etat des lieux

Les récents événements de Saint-Martin, la Dominique et la Guadeloupe (1) rappellent l’urgence du réchauffement climatique et la necessité où nous sommes de réduire nos émissions de gaz à effet de serre (GES). En effet, dès 2016, une étude mentionnait ces territoires parmi les plus exposés aux conséquences du réchauffement climatique, en particulier à l’élévation du niveau de la mer (2).

Les émissions de gaz à effet de serre d’origine anthropique sont composées à 70% de dioxyde de carbone (CO2), principalement issu de l’utilisation de l’énergie par combustion. En France, le secteur du logement, gros consommateur d’énergie, représente à lui seul 27% de l’empreinte carbone nationale, ce qui en fait le secteur le plus émissif, devant les transports. A l’échelle planétaire, le secteur de la construction est responsable à lui seul d’un volume d’émissions de gaz à effet de serre équivalent à celui de la Chine, le plus gros producteur de GES avec 20% des émissions totales.

Selon un rapport du réseau mondial World Green Building Council (WGBC) publié le 31 mai 2017, le secteur du bâtiment, comprenant les industriels, les commerciaux et les résidentiels, doit être entièrement neutre en carbone d'ici 2050 pour espérer atteindre les objectifs de l'accord de Paris sur le climat, soit limiter le réchauffement à 2°C. Aujourd’hui, 1% seulement des bâtiments dans le monde sont « zéro carbone ».

 

Le secteur du bâtiment et la nécessaire transition énergétique

L’Europe, troisième émetteur mondial de CO2, a produit une directive en ce sens depuis 2012, qui obligent les États membres à adopter une stratégie claire pour l’amélioration des performances énergétiques dans les bâtiments. Elle donne pour objectif que, dès 2020, tous les nouveaux bâtiments soient à énergie zéro (NZEB pour Nearly zero-energy buildings), et que leur consommation d’énergie tende vers des émissions de CO2 proches de zéro (NZCO2EB pour near zero CO2 emission buildings due to energy use).

Les objectifs sont posés. mais les mises en œuvre sont à la charge de chaque pays. L’objectif du projet ZEROCO2 est d’aider les acteurs régionaux à définir leur stratégie d’amélioration environnementale du secteur du bâtiment, pour réduire leurs émissions de CO2 et accélérer leur transition vers le développement durable. Cela consiste par exemple à contribuer à identifier les normes d’un modèle de bâtiments à zéro émission de CO2 qui n’a pas été défini par ailleurs. Il étudie et promeut ce modèle dans les pays partenaires – la Slovénie, la Grèce, l'Italie, la Lituanie, Malte, l'Allemagne, la Finlande et la France.

 

De l’échelle régionale à l’approche transrégionale

Si la directive témoigne d’un consensus européen, chaque pays rencontre des obstacles différents pour la mettre en œuvre. Par exemple les ressources disponibles sont inégalement réparties. Si la biomasse est utilisable partout, le solaire est plus efficace dans les pays méditerranéens, l’hydraulique est approprié à la Slovénie, l’éolien à la Finlande, etc. Les conditions socio-économiques, l’existence de politiques publiques d’accompagnement et les différentes mesures d’appui sont aussi des facteurs d’accélération, ou de ralentissement, de la réalisation de la stratégie. Les coûts peuvent être très différents d’un pays à l’autre. Un chauffe-eau solaire individuel qui coûte 700€ en Grèce en coûtera 1500 à Malte et 2500 en France. Les conditions d’installation peuvent également varier selon les contraintes locales, comme celles imposées par l’Architecte des Bâtiments de France.

À travers la coopération interrégionale, les régions identifient, partagent et transfèrent des méthodes, des technologies, des processus et des bonnes pratiques, qu’elles concernent les nouvelles constructions ou la rénovation des bâtiments existants. Au cours du projet, des alternatives émergent en matière de sources d’énergie et de technologies qui peuvent être utilisées à l’échelle locale, régionale et nationale, qui contribueront à diminuer les émissions de CO2, tout en soutenant le développement régional. Le projet ZEROCO2 contribue ainsi à atteindre les objectifs européens de réduction des émissions à hauteur de 20% d’ici 2020.

 

En PACA

Depuis le lancement du projet ZEROCO2 en avril 2016, l’AViTeM a rencontré plusieurs organismes privés et publics du secteur du bâtiment afin de mieux comprendre leurs objectifs et de faire remonter les principales recommandations lors de trois ateliers locaux organisés à Marseille. Trois études ont été menées : sur l’utilisation des énergies renouvelables, sur l’analyse des forces et faiblesses des politiques publiques, et sur les technologies applicables et rentables en région PACA au regard de différent critères – économiques, techniques, d’usage, politiques et sociaux.

En région PACA, l’amélioration de l’efficacité énergétique des bâtiments passera par exemple par l’utilisation de technologies pour réduire la consommation d’énergie et les effets des îlots de chaleur urbains, et des incitations à la rénovation sous forme d’avantages financiers. D’autres mesures de promotion du concept de « bâtiment ZEROCO2 » sont actuellement à l’étude.

 

Politique énergétique : un engagement de longue date pour l’AViTeM

A travers son partenariat dans ce projet, l’AViTeM poursuit son engagement pour l’efficacité énergétique, initié dès 2011 avec le projet ELIH-Med. Ce projet Interreg MED consistait à expérimenter à grande échelle des solutions de financement rentables pour encourager les investissements dédiés à l’efficacité énergétique dans les logements sociaux ou à destination des ménages en situation de précarité énergétique. ZEROCO2 élargit son territoire d’étude à l’Europe et ses diversités socio-économiques et climatiques, ses cibles à l’ensemble des habitants, et son expertise à des aspects non seulement politiques et financiers, mais aussi techniques, sociaux, économiques.

 

Le projet ZéroCO2 : les actions à venir

Les prochaines étapes éditoriales du projet consistent à rassembler les bonnes pratiques, et mener une étude de marché. D’un point de vue opérationnel, un plan d’action sera défini et mis en œuvre durant la seconde phase du projet (2018-2020) en concertation étroite avec le Conseil Régional PACA. Plusieurs événements, dont une conférence de presse à Séville, se dérouleront dans les territoires partenaires pour diffuser leurs résultats. Une conférence internationale se tiendra également en Slovénie en mars 2018 où l’ensemble des résultats du projet

Cet article a été co-écrit par Candice le Tourneur, Chargée de mission au sein du Pôle Coopération de l’AVITEM et Charlotte Yelnik, Consultante pour AdHocVerbis.

 

(1) Ouragans, septembre 2017

(2) Spécialisation touristique et vulnérabilités. Réalités et enjeux pour le développement soutenable des petits territoires insulaires, sous la direction de Jean-François Hoarau, L’Harmattan, 2016

 

 

Novembre 2017

Atelier « Villes durables en Méditerranée » animé par l'AVITEM

 

Dans le cadre de la manifestation "La Méditerranée du Futur" organisée à Marseille le 21 novembre 2017, l'AVITEM a animé un atelier sur les « villes durables en Méditerranée ». « La construction des villes et des territoires est essentielle pour dessiner la Méditerranée du futur » explique en introduction le directeur de l'Avitem, Bernard Valéro. « Les pays méditerranéens abritent 430 millions d'hommes et de femmes, 500 millions demain. Dans cinq à sept ans, le taux d'urbanisation dépassera 80 %. Tout autour de la Méditerranée, l’échelle du territoire urbain ne cesse de s’élargir et de s’organiser autour de métropoles portuaires de plus en plus vastes. Tous les indicateurs environnementaux sont au rouge en Méditerranée. Il nous faut donc travailler, et travailler vite pour trouver des solutions ».

 

La première partie de l'atelier donne un coup de projecteur sur deux projets urbains d'ampleur : le lac de Tunis et Euroméditerranée. Ben Amor Jallel, Directeur de l'Urbanisme de la Société de Promotion du lac de Tunis (SPLT), détaille le projet de développement urbain. « Les eaux usées d'une partie de Tunis se déversaient dansle lac. L’État et un groupe d'investisseurs tunisiens ont réalisé l'aménagement des berges, récupérant 500 hectares sur une étendue d'eau devenue propre. L'investissement de 60 millions de dinars (20 M€) a permis de reconstruire un écosystème complet. Nous avons vendu 500 hectares et 550 autres restent à aménager. En 2030, les 10 millions de m² construits devraient abriter 135 000 habitants. L'opération d’aménagement a trouvé un équilibre financier ».

 

L'opération d’intérêt national Euroméditerranée concerne également un périmètre difficile. Il s'agit de donner une seconde vie à des quartiers paupérisés de Marseille. Pour Laure-Agnès Caradec, Présidente d’Euroméditerranée, « il s'agit d'un plan Marshall pour réveiller Marseille. Nous avons inventé une ville méditerranéenne durable exemplaire. Nous proposons aux résidents une technologie facile et à bas coûts, de nombreux services, des transports en commun... Cette opération est portée financièrement par l’État, mais aussi par les collectivités. Un euro d'argent public investi génère trois à quatre euros d'investissement privé ».

 

Architecte-urbaniste, Corinne Vezzoni, donne une vision plus globale. « Les villes méditerranéennes possèdent toutes leurs propres caractéristiques, mais également des éléments communs à respecter : la violence des vents et des pluies, le relief accidenté, la chaleur l'été. Nous avons perdu cette capacité de faire avec ce que la nature nous offre et nous impose. Utiliser les matériaux locaux, tenir compte des vents pour orienter les bâtiments, aménager des espaces de vie à l’extérieur... Cela permet de réaliser des économies d'énergie ».

 

Cette première partie donne un ton optimiste. Les grandes opérations d’aménagement transforment la ville vers plus de durabilité, sous la double impulsion de la commande politique-les élus sont soucieux de produire une ville moins polluante- et du marché-les citoyens demandent des logements économes d’énergie et les entreprises intègrent les nouvelles technologies du développement durable. Pour autant, les modèles de la ville durable ne sont pas stabilisés !

 

La seconde partie de l’atelier, consacrée aux opérateurs, met en valeur la nécessité de travailler en réseau. « Il faut redonner le pouvoir à l’échelon local » estime Agnès Rampal, Présidente du Réseau des villes Euromed. « Après les printemps arabes, le réseau des villes euromed a vécu une période de sommeil. Le maire de Nice a souhaité le réactiver. Il permet à 150 villes méditerranéennes d'échanger, de répondre en commun à des appels à projets européens, de créer les conditions pour se projeter ensemble dans une Méditerranée du futur ».

 

Des propos repris par le maire albanais de Tirana, Erion Veliaj. « Nous pouvons agir à notre niveau, faire avancer les choses. Nous avons créé une zone métropolitaine qui regroupe plus de vingt communes. Cela nous permet de répondre aux changements profonds qui bouleversent notre pays. Nous avons créé des zones piétonnes, développé la location de vélos, taxé les sacs en plastique. Cela prouve qu'au niveau local, avec de petits budgets, nous pouvons agir si nous travaillons ensemble ».

 

Le secteur privé a lui aussi un rôle à jouer dans la construction des villes méditerranéennes du futur. « Un grand groupe a besoin de volonté politique, citoyenne, pour préfigurer les besoins de demain en matière de développement urbain » explique José Munoz, directeur délégué euro-méditerranée à Suez Environnement. « Les entreprises ont fait de la Méditerranée une poubelle. Elles doivent maintenant participer à la défense de l'environnement. Suez Environnement travaille dans pratiquement tous les pays méditerranéens. Pour avancer, nous avons besoin d'interlocuteurs publics et privés efficients ».

 

Efficients et donc formés, compétents. Vincent Piveteau est directeur de l’ENSP, membre de l’Institut Méditerranéen de la Ville et des Territoires. « L'IMVT a une prodigieuse ambition : créer un incubateur de concepteurs d'espaces urbains de qualité. Nous proposons une pédagogie du projet en partage, afin que la société civile puisse devenir un acteur essentiel. Nous rassemblons une force de frappe importante avec 1 400 étudiants, 350 enseignants et chercheurs. La Méditerranée a influencé beaucoup d'urbanistes, de paysagistes. Cela a ancré notre travail et créé une interdisciplinarité essentielle pour bâtir les villes méditerranéennes durables ».

 

Sarah Marniesse, directrice du département de mobilisation de la recherche et de l’innovation à l'IRD (Institut de Recherche et de Développement), voit dans la recherche un outil indispensable pour « trouver les solutions aux questions de développement durable. Nous devons inventer ensemble notre futur, nous projeter, en associant et en accompagnant les habitants car le savoir académique ne peut résoudre les problèmes à lui tout seul. Nous travaillons beaucoup pour ouvrir nos laboratoires, associer la société civile à nos travaux, pour créer une porosité d'acteurs ». En outre, pour être durable, la ville méditerranéenne doit trouver une urbanité contemporaine, qui pose la nécessité de dialogue entre chercheurs et concepteurs de la ville

 

L'architecte urbaniste Amine Benaissa accompagne l’AVITEM dans la création de l’Institut des Hautes Études Urbaines et Territoriales en Méditerranée. Il considère la méditerranée « dans une position marginale. Pour lui redonner sa centralité, il faut la doter de projets, développer le partage des savoir-faire en partant des territoires. Les ateliers métropolitains de l'Avitem répondent à ce besoin ». Ils s'adressent à des auditeurs de haut niveau publics et privés. « Les ateliers permettent de répondre à des questions essentielles » poursuit Amine Benaissa. « Comment transformer une ville en faisant en sorte qu'elle reste elle-même ? Comment concilier cohésion et attractivité ? Comment assurer l'équilibre entre développement et durabilité ? ».  

 

Les différents intervenants construisent collectivement un propos sur le besoin d’organiser un écosystème de la ville durable méditerranéenne. La ville du futur ne se fera pas que par des infrastructures, le soft sera une composante essentielle pour imaginer cette ville agile, résiliente et aimable avec ses populations. Dès lors se pose la perspective d’une coopération renforcée entre acteurs de la recherche, de la formation et de la production de la ville. La fabrique méditerranéenne de la ville durable pourrait être ce lieu d’assemblage des initiatives, de coalitions d’acteurs et in-fine d’accélération de la ville durable.